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Etienne Borel

On veut beaucoup.

On veut avoir une pratique régulière, manger équilibré, méditer quotidiennement, développer son être, sa vie, ses envies et leurs envers, lire les grands textes, les petits aussi, soigner ses relations, prendre du temps en famille, respirer un air pur, garder la colonne vertébrale alignée... et il est souvent conseillé d'en faire plus. 

Alors voici un dé-conseil.
Faire peu. Et y être attentif.

 

Réduire son influence

C’est pourquoi il ne faut pas craindre l’inachevé, mais bien plutôt déplorer le trop-achevé. Car l’inachevé ne signifie pas forcément l’inaccompli.
Ghang Yen-Yuan

 

 

Dans nombre de situations bloquées, quel que soit le domaine, la solution nous paraît très souvent être « d’essayer plus fort ». La porte ne s’ouvre pas ? Appuyer plus fort sur la poignée. Il y a trop de travail ? Travailler plus pour le résorber. Votre partenaire refuse toujours votre avis ? Insister plus fort. J’ai gagné tant en vendant ceci ? En vendre plus et le vendre plus cher.

On pourrait soutenir que cela correspond à la logique de croissance générale du monde vivant. L’arbre se développe à partir de la graine, grandit, et produit de plus en plus de fruits. Mais cela n’est pas l’arbre. Cela est une section de l’arbre. « L’arbre » en entier est un cycle complet et si un arbre produit une multitude de graines, les botanistes savent maintenant calculer statistiquement qu'une seule et unique d'entre elles parviendra au stade adulte de l'arbre, pour prendre la relève. L'arbre ne fait pas plus : il fait peu.

Quant à nous, bien rarement nous vient l'idée que nous pourrions en faire moins - et que cela pourrait fonctionner mieux !

Réduire son influence implique de ne plus façonner le monde à notre idée et à notre convenance. C’est laisser le monde en aval de soi-même aussi transparent qu’il l’est en amont.

L’influence que nous cherchons à avoir sur le monde participe trop souvent d’un besoin pathologique de dominer le monde. 

Peu importe : le peu importe

Pour le corps physique, « peu » nous offre une possibilité précieuse : celle de faire évoluer et s’ouvrir nos moyens de perception. A l’image d’un film photosensible qu’une exposition à trop de lumière va brûler, de n’importe quelle machine qu’un usage excessif va détériorer, les capteurs physiques de nos sens sont rapidement désensibilisés par l’afflux de sensations fortes ou continues. Une personne soumettant ses tympans à des niveaux sonores élevés perdra une partie de son sens de l’ouïe.

Inversement, porter son attention sur de petites choses, sur des sensations légères, poussera nos sens à se développer. Nous devenons ainsi capables de sentir de plus en plus de choses, de plus en plus fines.

Et lorsque nous pouvons prendre consciences des choses alors qu’elles ne sont encore qu’à l’état naissant, il est très facile et sans effort d’agir dessus. Tordre un tronc est impossible. Incliner une jeune pousse ne demande pas de force. Mais il faut avoir été capable d’apercevoir la pousse au moment où elle sortait à peine de terre. 

Qui marche bien ne laisse pas de traces
Lao-Tzu

Less is more

Pourtant, si le plus et le beaucoup impressionnent et guident nos comportements conscients, c’est le « peu » qui a la prépondérance sur notre part non-consciente.

Dans les structures anthropologiques de notre imaginaire, on trouve un processus qui met particulièrement en relief cette prévalence du peu : la "gullivérisation" ou comment entrer à l'intérieur du microscopique, du petit, du peu, permet de désamorcer les peurs.

Ce phénomène s’amorce par la double négation : par deux fois moins, on obtient plus. Cette double inversion, d’abord reçue sur le plan des images, permet de transmuter les valeurs par euphémisation : le personnage de Jonas, par exemple, devient alors l’antiphrase de l’avalage, et transfigure la voracité en les qualités du ventre de douceur et de protection.

Cet emboîtement des valeurs conduit à la gullivérisation, à la découverte du monde minuscule (les lilliputiens) - et donc du plus ténu, du moins menaçant (voir la fascination, dès l’antiquité, pour le microscopique, le monde du petit, dans lequel, jusqu’à nos jours, on découvre des emboîtements de structures de plus en plus petites). La gullivérisation effectue ainsi une minimalisation inversante de la puissance avide (Bès, le nain ithyphallique, les dieux lares, le petit Poucet, lutin (Neptune minimisé), nains et farfadets, malicieux mais gentils malgré la connotation négative qu’a tenté de leur donner l’église.)

C’est dans le double sens actif/passif des verbes que se trouve le mécanisme sémantique de cette inversion. L’imaginaire est fasciné par le geste indiqué par le verbe, mais sujet et complément peuvent s’intervertir.

L’inconscient, en s’attachant à la réduction, au petit, en inverse, ou mieux en retourne la valeur et se réconcilie avec ce qui l'effraie, la mort, la chute, la nuit...

C’est toujours ici une infime quantité qui est capable de provoquer des transmutations cent mille fois plus importantes. 

Un peu de science 

En neurobiologie, les très légères charges et bas courants revêtent une importance particulière.

En 1963, le prix Nobel de médecine John C. Eccles découvre l’existence de milliers d’ondes électriques se propageant à courte distance localement autour des milliers de synapses de chacun des neurones constituant le cerveau. Ce sont les micros champs d’Eccles. L’activité cohérente d’un grand nombre de neurones crée ainsi une oscillation électromagnétique dans une bande de fréquence, qu’on appelle rythme cérébral, observable en électroencéphalographie (EEG).

Ce sont ces milli-courants générés par les synapses qui traitent toutes les informations reçues et envoyées au travers de notre corps. Ils sont responsables du fonctionnement du cerveau, en combinant les modes de codage analogiques et digitaux de l’information.

Ce qui est beaucoup est dilué.
Porter attention au peu, "investir dans la perte", c’est devenir de plus en plus sensible.

Dans cette sensibilité, cette écoute du plus fin, advient alors l'action sans effort. On n'agit plus malgré ou contre les circonstances, mais en suivant le flux - parce qu'on a pu le percevoir.

Agir sans être séparé, en n'étant plus à part du monde, mais une part du monde. 

 

Etienne Borel - Enseignant de taiji quan et qigong

Xuan Qi Gong

 

 

 

 

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